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La CEDEAO pourra-t-elle parvenir au règlement de la crise malienne ?

Jeudi 30 août 2012


Par Dr. Bakary Sambe

Le pouvoir confié à la CEDEAO dans cette crise l’est en vertu du principe de la subsidiarité. En fait, les Organisations Internationales et Régionales sont les premiers responsables de la prévention, du règlement et la gestion des crises et conflits qui interviennent dans leurs zones d’influence conformément à une solide jurisprudence en Afrique de l’Ouest avec l’ECOMOG au Libéria et en Sierra Leone.

Mais, il apparaît, dans la gestion de cette crise, le constat général d’un cafouillage ou d’un manque évident de stratégie de la CEDEAO avant et pendant la crise.

Avant la crise : Il n’y a pas eu d’actions préventives à l’appui de l’armée malienne depuis l’incursion des « envahisseurs » alors que la CEDEAO est théoriquement dotée d’une unité d’alerte précoce pour les crises.

Toutefois, on pourrait concéder, à la décharge de la CEDEAO, le fait que le Mali n’a jamais, et jusqu’ici d’ailleurs (certainement par orgueil), voulu saisir l’organisation d’une requête pouvant déclencher une quelconque action.

Pendant la crise : il y a eu de nombreux Sommets tenus au plus haut niveau sans résultats palpables ; constat de l’absence d’une officine pour élaborer des stratégies adéquates au niveau de la CEDEAO.

Des précédents sont là pour illustrer cette absence de stratégie :

-          La question de la reconnaissance de la Junte militaire du Capitaine Sanogho reste très problématique

-           la saisine du Conseil de Sécurité pour faire endosser par la communauté l’intervention militaire programmée montre une l’impréparation notoire. Le dossier sera d’ailleurs renvoyé par le Conseil de Sécurité pour « absence d’une stratégie militaire claire de la CEDEAO ».

-          La question sensible des armes destinées au Mali et détenues dans quelques capitales des pays membres de la CEDEAO. (Est-ce une stratégie voulue ou une simple improvisation ?

-          La question de l’implication souhaitée des troupes tchadiennes : très mal gérée par la CEDEAO. Il est à déplorer que le Tchad qui est observateur de la CEDEAO n’ait jamais été impliqué dans les consultations officielles au niveau de l’organisation sous-régionale; d’où son refus actuel de s’impliquer ; signe d’une crise profonde confiance mutuelle.

Le dossier du règlement de la crise malienne est jusqu’ici mal géré sous plusieurs aspects. Néanmoins, la CEDEAO a encore la possibilité de redorer son blason en cas d’intervention militaire réussie. Ce qui reste encore problématique avec le facteur Algérien à prendre en compte. Sans l’appui logistique de ce pays, on ne peut garantir la réussite d’une opération militaire dans le Nord du Mali. Rappelons que c’est l’Algérie qui a pu empêcher, pendant des décennies, que Khadhafi s’installe dans le Nord du Mali.

On pourrait trouver, néanmoins, des excuses à la  CEDEAO, si on tient compte du fait que la récente crise institutionnelle qui a secoué cette organisation a eu un impact négatif sur la gestion de ce dossier. Finalement, c’est, seulement, avec l’appui des partenaires stratégiques (USA, France, ONU, UA et UE), que la CEDEAO pourrait néanmoins s’en sortir et peut-être sauver la face.

Hélas, on est encore loin du rêve de la CEDEAO ou de l’Afrique qui règle ses propres problèmes.