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Intervention Nord-Mali : Pourtant, le Sahel est si important pour les Etats-Unis …

Vendredi 2 novembre 2012

Par Dr. Bakary SAMBE

Les déclarations prêtées, depuis Alger, au général Carter Ham, chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom) ont dû surprendre nombre de diplomates rentrés fraîchement de la 67è Assemblée générale de l’ONU à New York. Carther Ham semble insister sur position américaine privilégiant « une solution diplomatique et politique à la crise malienne ». Pourtant, à commencer par le premier pays concerné nombreux sont ceux qui ont plaidé pour une intervention militaire dans le Nord du Mali. Il semblerait que Washington opte pour une maîtrise de tous les enjeux avant un positionnement définitif ; ce qui expliquerait les récentes investigations menées sur les différents acteurs (MNLA, MUJAO, Ansar Dine) afin de mesurer les divers degrés d’implication mais aussi le rapport de force devant déterminer sa stratégie.

On peut se demander si ces déclarations expriment, réellement, un positionnement déjà établi ou cachent  une certaine précaution motivée par la hantise d’un échec au cas où deux acteurs majeurs de cette crise ne s’engageaient pas dans une éventuelle intervention : la Mauritanie et surtout l’Algérie qui n’est pas en faveur de l’option militaire.  Carther Ham, renforcé par Carlson, a été catégorique aussi bien à Alger qu’à Rabat : «Aucune intervention militaire n’est envisageable dans cette région ni dans le nord du Mali», ajoutant que « le déploiement de forces militaires ne fera que compliquer la situation en ce moment ».

Pourtant, la crise que traverse le Mali, avec ses répercussions attendues sur le plan régional avait occupé une bonne place dans le discours prononcé par Hillary Clinton dans l’enceinte de l’Université de Dakar. On ne peut en douter, les enjeux géostratégiques sont énormes pour les Etats-Unis dont l’action et l’influence, dans le Sahel, devraient rester une réalité avec laquelle il va bien falloir compter dans les prochaines années. Il est de l’intérêt des USA d’avoir une maîtrise de toutes les situations qui peuvent s’y produire de la même manière que le Maghreb. Depuis les attaques du 11 septembre, les Etats-Unis s’intéressent davantage à cette dernière région ainsi qu’au Sahel qui en est le prolongement stratégique (partenariats économiques, coopération militaire et sécuritaire). Le 11 septembre a véritablement favorisé un rapprochement entre les États-Unis et les régimes maghrébins, notamment algérien (surtout depuis 2001), mauritanien (depuis 2002), marocain (depuis mai 2003, suite aux attentats de Casablanca), et même, à l’époque, libyen (après décembre 2003).

Rien qu’en 2012, c’est la deuxième fois que le Général Ham se rend en Algérie en moins de six mois. Cette fréquence révèle l’intérêt diplomatique des Etats-Unis pour le Sahel mais aussi la position-clé qui est celle de l’Algérie pour l’issue de ce conflit loin d’être à son épilogue.

Mais Washington a tout intérêt à ce que cette zone du Sahel soit stable parce qu’elle représente un double enjeu économique et stratégique pour positionnement américain en Afrique.

 

Le Sahel représente un enjeu économique immédiat pour les Etats-Unis :

Le Sahel est un espace stratégique pour le transport du pétrole et du gaz. Les luttes d’influence entre les trois protagonistes (Etats-Unis, France et Chine) n’y sont plus un secret. La France peut jouer la carte de la proximité linguistique et, peut-être inconsciemment, de l’héritage colonial alors que les Etats-Unis ne peuvent compter que sur leur présence économique et militaire effective. Présence doublée d’une capacité à user d’une diplomatie moderne, idéal-type du soft power. Pour l’approvisionnement en pétrole, les Etats-Unis qui importent actuellement 15% de leurs besoins d’Afrique devraient en importer 25% en 2015. La région du Sahel va, donc, jouer un rôle de premier plan dans sa fourniture d’énergie. Rappelons que ces dernières années, le Tchad et la Mauritanie sont devenus des pays producteurs de pétrole. Dans le cadre de la diversification des pays fournisseurs de pétrole les Etats-Unis ont même entrepris un intense travail de lobbying pour obtenir, dans le bassin de Taoudéni (1193 de Bamako), une importante concession pétrolière qui avait été octroyée à la société américaine Terralliance Petroleum. Au regard de tous ces éléments, les USA pays sont directement concernés par cette crise au Mali qui n’est pas sans conséquences même jusqu’au Nigeria où Washington suit de près la situation, à cause de la présence de Boko Haram. Les enjeux sont énormes en ce qui concerne aussi bien le pétrole que l’uranium (stratégique pour le nucléaire, notamment français). On sait que la Chine, par exemple, cherche, en premier lieu, à maintenir actifs les deux contrats d’exploitation de pétrole dans la région de Gao et continue ses manœuvres pour tirer profit d’une éventuelle redistribution des cartes…

 

D’énormes enjeux stratégiques et sécuritaires pour les USA

Avec le processus de fragmentation du Mali, tous les pays du Sahel et ceux du Maghreb limitrophes sont menacés. Suite l’auto-proclamation de l’indépendance pour le moment fragile de l’Azawad au nord du Mali, c’est la Libye qui risque de connaître le même sort avec les tentations autonomistes voir sécessionnistes de la Cyrénaïque riche en hydrocarbures, et même du Fezzan au Sud. Les groupes terroristes aussi bien locaux que transnationaux sillonnent déjà la région en y menant leurs activités assez aisément : contrebande, trafic d’armes armes, recrutement de djihadistes. Les groupes terroristes, dont le plus actif est le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) affilié à al Qaeda, constituent une menace pour cette région avec ses plus de cent millions d’habitants. En plus, États-Unis y ont déjà beaucoup investi dans la coopération militaire entre les gouvernements dans la région (Algérie, Maroc, Tunisie, Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Sénégal et Nigéria).

L’enjeu majeur pour l’Amérique est donc d’éviter une situation incontrôlée mais aussi d’empêcher les groupes d’y établir des bases comme en Afghanistan avant le 11 septembre. Les Etats-Unis ont déjà dépensé en 2002, dans le cadre de l’Initiative Pan Sahel (IPS), plus de 8 millions de dollars. Un autre programme la Trans-Sahara Counter terrorism Initiative a aussi été financé par les Etats-Unis (depuis juin 2005) avec l’Exercice Flintlock 2005 pour l’entrainement des forces de sept pays sahéliens afin d’empêcher les groupes terroristes et armés d’établir des refuges sécurisés dans la région. Le coût initial de ce programme était, selon des sources concordantes, de l’ordre de 100 millions de dollars !

Si les forces terroristes d’Ansar Dine liées à Al-Qaeda arrivaient à contrôler durablement le Nord Mali et coopèrent encore plus avec les autres mouvances djihadistes (Boko Haram, MUJAO déjà actif, Shebab en Somalie), une véritable zone comparable à l’Afghanistan va voir le jour et gêner, durablement, les intérêts économiques des Etats Unis (pétrole et richesses minières) comme de la France.

Cela compromettrait même, à jamais, l’installation et la consolidation d’une base militaire américaine dans des zones comme Tessalit (1300 km de Bamako). Pourtant des voix s’élevaient, récemment, dans la classe politique malienne, pour appeler à une concession de cette base aux Etats-Unis, considérés comme la seule puissance capable de déloger efficacement les éléments d’Al-Qaeda. On sait, par exemple, qu’au début du conflit malien en avril, l’Iran prévoyait les vols de deux avions cargo pour, depuis Khartoum, débarquer à Kidal et Tessalit puis à Tombouctou, une fois prise, des centaines de combattants rameutés d’Afghanistan, du Pakistan, du Yémen et de Somalie ainsi que des armes sol-air pour leur permettre de répliquer à tout raid aérien. Dans une telle configuration, seule une base à Tessalit permettra aux USA d’avoir non seulement le contrôle sur le vaste espace sahélien, mais de maîtriser les mouvements de bâtiments de guerre ainsi que le transport du pétrole dans une bonne partie du pourtour méditerranéen. Les Américains en sont conscients qui observent avec grand intérêt les développements dans la région loin de leur isolationnisme traditionnel et malgré leurs intentions « purement » économiques telles qu’affichées généralement.

De plus, l’énorme influence dont jouissent actuellement les Etats-Unis, notamment au Maghreb, pourrait, peu-être, aider à résoudre l’équation algérienne si pesante sur l’issue du conflit ; l’Algérie étant le seul pays pouvant aider à déloger les éléments d’AQMI du Nord Mali, comme elle avait, du reste, pendant des années, empêché Khadhafi de s’y installer.

Mais, Washington devrait travailler sur plusieurs hypothèses y compris celle qui verrait réussir une intervention militaire de la CEDEAO. Malgré les réticences algériennes et mauritaniennes, des experts misent sur une telle éventualité. Pour les déjà convaincus de l’opération militaire, sa réussite serait possible pour plusieurs raisons: la CEDEAO a déjà acquis une grande expérience (ECOMOG au Libéria et en Sierra Léone) même s’il y a eu des ratés; le désert du Sahel est propice à une intervention armée. L’autre élément tactique qui les galvanise est la supériorité aérienne des forces de la coalition qui serait décisive dans une zone, à maints égards, différente de l’Afghanistan avec ses montagnes qui permettent le camouflage des rebelles. Selon eux, tout indiquerait que les islamistes ne feront pas le poids (insuffisance en nombre, équipements et compétences tactiques) malgré leur bonne connaissance supposée du terrain et … l’aide supposée de certaines monarchies du Golfe !

Quelle que soit l’issue de cette crise, aucune puissance ne pourra se permettre une auto-exclusion du processus de reconstruction et, surtout, d’un indispensable et ambitieux plan de l’ONU comprenant un pan économique important pour pacifier, à long terme, la région du Sahel !

Dr. Bakary Sambe, Enseignant-Chercheur à l’UFR CRAC Université Gaston Berger de Saint-Louis, Spécialiste du monde musulman et des réseaux transnationaux.

Intervention au Mali : Entre urgence, hantise de l’échec et hésitations de l’ONU

Samedi 13 octobre 2012

INTERVENTION MILITAIRE AU MALI : « L’ONU REDOUTE UN ÉVENTUEL ÉCHEC », SELON UN UNIVERSITAIRE

Ouestafnews – L’intervention militaire au nord Mali, reste suspendue à une décision de l’Organisation des Nations-Unies (Onu) encore attendue en ce 12 octobre 2012. Cependant si l’idée d’une intervention militaire étrangère fait désormais l’unanimité entre le gouvernement de transition malien et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, elle suscite néanmoins toujours de petites réserves dans certaines chancelleries. La France quant à elle se dit prête à appuyer une telle initiative, mais quid de la participation des « pays du champs » à savoir l’Algérie et la Mauritanie, de l’attentisme de l’Onu…
Dans cet entretien accordé à Ouestafnews, le Dr Bakary Sambe, universitaire spécialisé sur la question du militantisme islamique et des réseaux transnationaux, nous livre une analyse sur ces derniers points.

Ouestafnews- Aujourd’hui l’idée de l’intervention militaire étrangère au Nord mali fait l’objet d’un consensus au sein de la Cedeao, quelles pourraient être les dangers d’une telle entreprise ?Bakary Sambe - Il y a quelques semaines, le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-Moon avertissait déjà en ouvrant la réunion de haut niveau sur le Sahel en marge de l’Assemblée Générale des Nations-Unies que « toute solution militaire pourrait avoir de graves conséquences humanitaire ». Mais la Cedeao et le Gouvernement malien se sont, toutefois, accordés sur les grandes lignes d’une intervention au Nord du Mali, dont les troupes seraient ouest-africaines mais bénéficieraient d’un soutien logistique d’autres pays. On parle d’une force de 3.000 soldats de la Cedeao « n’incluant pas d’étrangers » qu’il faudrait déployer, un noyau de cette force s’entraîne déjà non loin de Dakar, depuis quelques semaines.Il y a, quand même, quelques éléments de consensus international pour légitimer une intervention armée : les germes d’une guerre civile, de graves violations des droits de l’homme voire des crimes de guerre (des amputations, des exécutions sommaires et des lapidations à mort), des forces islamistes ont finalement chassé les Touaregs du MNLA des villes de Tombouctou, Gao et Kidal. Elles ont instauré, à leur manière, ce qu’elles appellent « charia » et détruit un nombre de mausolées de saints musulmans.Néanmoins, il y a des réserves légitimes à l’intervention. Certains font valoir que si la Cedeao est une force sur le papier, elle n’a pas assez de troupes à fournir, ni même la volonté de participer, pour des pays comme la Mauritanie ou le Sénégal dont la position a beaucoup évolué. Il y a aussi un autre fait non négligeable : le Gouvernement malien actuel ne contrôle pas une grande part du Mali, ni n’est en mesure de le faire. Le Nord-Mali, qui couvre une région aussi vaste que la France, est contrôlé par trois différents groupes radicaux islamiques : Ansar Dine , le Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Aqmi se finance au moyen de prise d’otages occidentaux et est soupçonné de recevoir un appui financier de certains pays arabes. Les dirigeants de l’armée malienne semblent aussi avoir perdu le contrôle de leurs forces armées. Pour illustrer ce fait : l’assassinat par balle par des soldats insurgés de seize prédicateurs islamistes à 15 kilomètres de Diaboli, en défiant l’ordre donné, indique que les structures de commandement sont en train de se désagréger.

Ouestafnews- Que vous inspirent les hésitations de l’Onu concernant ce projet?

B.S - Les hésitations de l’Onu cachent à mon avis la crainte d’un éventuel échec, l’extension et l’enlisement du conflit dans la sous-région. C’est-à-dire que la communauté internationale veut se donner toutes les garanties de réussite d’une telle opération avant de s’y engager. C’est le même état d’esprit qui sous-tend les positions américaines sur la question. Les déclarations prêtées, depuis Alger, au général Carter Ham, chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom) ont dû surprendre nombre de diplomates, Carter Ham semblait insister sur position américaine privilégiant « une solution diplomatique et politique à la crise malienne ».

Il semblerait que Washington opte pour une maîtrise de tous les enjeux avant un positionnement définitif ; ce qui expliquerait ses récentes investigations menées sur les différents acteurs (MNLA, Mujao, Ansar Dine) afin de mesurer les divers degrés d’implication mais aussi le rapport de force devant déterminer sa stratégie.

On peut se demander si ces déclarations expriment, réellement, un positionnement définitif ou cachent une certaine précaution motivée par la hantise d’un échec au cas où deux acteurs majeurs de cette crise ne s’engageaient pas dans une éventuelle intervention : la Mauritanie et surtout l’Algérie qui n’est pas en faveur de l’option militaire. Carter Ham, renforcé par Carlson, a été catégorique aussi bien à Alger qu’à Rabat : «Aucune intervention militaire n’est envisageable dans cette région ni dans le nord du Mali», ajoutant que « le déploiement de forces militaires ne fera que compliquer la situation en ce moment ». Inspirant pour les « colombes » onusiennes ?

Ouestafnews- Justement, peut-on véritablement venir à bout de ces groupes armés sans une implication active de pays frontaliers que sont l’Algérie et la Mauritanie?

B.S - Les positions algériennes et mauritaniennes sont paradoxales comme l’était celle du Sénégal il y a quelques jours. On sait qu’Aqmi est un phénomène algérien. Tous les chefs de Katiba (Abû Zayd, Mokhtar Bel Mokhtar etc.) sont des algériens.

La Mauritanie a du mal à contrôler sa vaste frontière avec le Mali et son territoire est une zone de repli stratégique. Craint-elle peut-être une extension du conflit et ses éventuelles répercussions sur sa sécurité intérieure ?

Mais, pour les convaincre d’une coopération ne serait-ce que minimaliste, la solution pourrait être américaine. Carter Ham était à Alger il y à peine quelques jours. L’énorme influence dont jouissent actuellement les Etats-Unis, notamment au Maghreb, pourrait, peut-être, aider à résoudre l’équation algérienne si pesante sur l’issue du conflit, l’Algérie étant le seul pays pouvant aider à déloger les éléments d’Aqmi du Nord Mali, comme elle avait, du reste, pendant des années, empêché Khadhafi de s’y installer.

Hélas, pour l’heure, l’Algérie n’y a aucun intérêt immédiat et semble bien confortable dans sa posture actuelle d’un pays qui s’est débarrassé du djihadisme à l’intérieur de ses frontières. De plus Alger a envie de tout sauf de s’encombrer d’un nouveau front touareg ou berbère.

Mais, les USA qui hésitent encore devraient travailler sur plusieurs hypothèses y compris celle qui verrait réussir une intervention militaire de la Cedeao. La France est plus décidée pour les raisons que l’on sait : intérêt stratégiques et économiques importants et des otages encore entre les mains d’Aqmi.

Malgré la diversité des positions et des intentions, tout le monde en est conscient : quelle que soit l’issue de cette crise, aucune puissance ne pourra se permettre une auto-exclusion du processus de reconstruction et, surtout, d’un indispensable et ambitieux plan de l’ONU comprenant un pan économique important pour pacifier, à long terme, la région du Sahel.

 

Vendredi 12 Octobre 2012

Le régime d’Abdoulaye Wade : Des mesures liberticides à la profanation de la Zawiya Tijâniyya

Mardi 21 février 2012

Par Dr. Bakary Sambe

Source : oumma.com

Les images de ce vendredi, de fidèles qui s’étouffent et suffoquent en plein Dzikr (invocation), dans une mosquée bondée aux vitres cassées et assaillie de policiers à la chasse aux opposants, n’augure rien de souhaitable pour le Sénégal.

A force de vouloir se perpétuer, même illégalement, pour un troisième mandat anticonstitutionnel, le régime d’Abdoulaye Wade veut-il en arriver à casser le « contrat social sénégalais » ? Ce pays était connu dans le monde par l’harmonie presque parfaite entre ses communautés religieuses.

Heureuse exception dans  « l’Afrique des dictatures », le Sénégal, ce pays de 95 % de Musulmans, fut dirigé pendant vingt ans par Léopold Sédar Senghor, un président de confession catholique, soutenu par la plupart des confréries musulmanes. D’ailleurs, avant l’indépendance, le même Senghor était député du Sénégal colonial au Palais Bourbon, pendant longtemps plébiscité par les marabouts contre un musulman du nom de Lamine Guèye. Cela n’a jamais posé problème aussi bien au sein des communautés musulmanes que dans l’élite religieuse du pays de manière générale.

Mais, ces dernières semaines, cette « vitrine démocratique de l’Afrique » a commencé à s’écarquiller et la communauté internationale découvre un visage méconnu du Sénégal. Celui d’Abdoulaye Wade qui, non content de restreindre les libertés individuelles et politiques (interdictions de manifester et de se réunir), s’attaque maintenant à celle du culte.

La scène est insoutenable en plein centre de Dakar. En pleine séance de hadratoul Joumou’a (Dzikr du vendredi), un des piliers de la confrérie Tijâniyya qui se pratique, le vendredi après-midi, entre les prières d’Al –Asr et du Maghrib, les éléments de la police sénégalaise ont « bombardé » la foule de fidèles avec des lacrymogènes et autres projectiles, faisant fi des circonstances sacrées et du respect minimum dû à un lieu de culte.

La dérive liberticide s’installe au pays de la Teranga (hospitalité et savoir vivre) et n’épargne même plus des espaces aussi symboliques de l’islam et de la Tijâniyya . Cette Zawiya ainsi profanée a été fondée, au début du 20è siècle, par Cheikh El Hadji Malick Sy, une des « figures historiques de l’islamisation en profondeur du Sénégal » (voir oumma.com), en pleine période coloniale. C’était un des symboles de la résistance culturelle à la politique d’ « assimilation de l’indigène », chère à la troisième République.

Pourtant, beaucoup de témoignages rappellent que, même durant la colonisation, malgré la proximité géographique entre la Zawiya et le Palais du Gouverneur de l’Afrique occidentale française (AOF), l’Administration a toujours couvert d’un certain respect ce lieu « sacré » malgré les « gênes occasionnées par le muezzin ».

Mais, le régime de Wade n’en est pas à sa première profanation et violation de la liberté de culte comme d’opinion. En 2007, un haut responsable de l’opposition avait été arrêté à sa sortie de messe à l’occasion de la fête religieuse de Pâques au grand dam des autorités de l’Eglise et des défenseurs des Droits humains. C’est, aussi, sous Abdoulaye Wade que des évêques ont reçu des menaces de mort, à l’époque, unanimement condamnées par la classe politique du pays.

Cependant, l’évènement de ce vendredi 17 février, à une semaine d’un scrutin incertain tant la candidature de Wade est largement contestée bien que « validée » par un Conseil constitutionnel dont le salaire des membres fut généreusement augmenté à une semaine du dépôt des listes. Rappelons qu’il y a, à peine deux mois, Abdoulaye Wade avait même fait appel au lobbying de juristes français pour contrecarrer l’avis des constitutionnalistes sénégalais unanimes sur l’inconstitutionnalité de sa troisième candidature.

L’on se souvient la manière dont les conséquents per diem de ceux appelés les « tirailleurs français » de Wade, à la charge du contribuable sénégalais, ont fait l’objet de toutes les dénonciations dans la classe politique.

Aujourd’hui, la timide réaction des chancelleries occidentales, le soutien des caciques du régime et de leurs clientèles, semblent conforter Abdoulaye Wade dans sa volonté de vouloir rester illégalement à la tête du Sénégal. Hier, encore (17/02/2012), Karim, son fils et probable héritier d’une « république bananière » en gestation, était l’hôte de la société de communication Image Sept, sur les Champs Elysées pour prédire les résultats des élections de la semaine prochaine : 53 % pour Wade qui passerait au premier tour !

Les services d’un proche d’Alain Madelin, Anne Méaux de l’Agence Image Sept, dont nul n’ignore le passé militant au sein du Groupe Occident, assurent la communication de Wade comme elle s’occupait, jusqu’à sa chute, de l’image d’un certain Ben Ali. Le grand Cabinet parisien a bien pris le soin d’affecter la très connue sur la place du Paris communiquant, Marie Luce Straborsky, comme « coach » de l’« ami sénégalais », Abdoulaye Wade, pour les besoins d’un forfait qui se trame.

Presque sûr des résultats que l’opposition sénégalaise dit être « préfabriqués », le régime d’Abdoulaye Wade persiste dans la violation des libertés fondamentale après celle de la Constitution.

Mais les images de ce vendredi, de fidèles qui s’étouffent et suffoquent en plein Dzikr (invocation), dans une mosquée bondée aux vitres cassées et assaillie de policiers à la chasse aux opposants, n’augure rien de souhaitable pour le Sénégal.

Pourtant, à l’origine de tout cet acharnement, un simple rassemblement pacifique qu’un candidat de l’opposition voulait tenir à la mythique Place de l’indépendance et arbitrairement interdit par le régime de Wade. L’opposant « historique » de naguère qui a bien vite oublié les raisons et les circonstances de sa victoire contre Abdou Diouf avec tous les sacrifices consentis par notre génération. D’ailleurs, un de ses plus sérieux challengers, Idrissa Seck, en concluait hier que c’était bien « le Jour 1 de la dictature au Sénégal ».

Cet évènement inédit dans l’histoire politique et religieuse du Sénégal a, d’ailleurs, été à l’origine de violentes manifestations dans la ville de Tivaouane, capitale de la Tijâniyya sénégalaise et même dans d’autres cités religieuses du pays.

La vigilance est, donc, de mise car le Sénégal des poèmes de Senghor, chantre de la Négritude, le Sénégal de l’alternance politique pacifique en 2000, celui de la coexistence harmonieuse des religions et des peuples, des idéaux de la démocratie et de la Civilisation de l’Universel, est vraiment en pleine zone de turbulence.

السياسة الدينية للمغرب بأفريقيا

Jeudi 17 février 2011

خاض الباحث الشاب بكاري سامبي غمار بحث طويل ومتفرد حول العلاقات المغربية الأفريقية، عموما، والمغربية السينغالية خصوصا، المبنية على ميراث ديني مشترك تعود بداياته إلى الصفحات الأولى لدخول الإسلام إلى ما أطلق عليه المؤرخون العرب والمغاربة « بلاد السودان » أي البلدان ما تحت الصحراء بلغة الجغرافيا السياسية الحالية. ويقدم بكاري، وهو أستاذ العلوم السياسية، وباحث ضمن « مجموعة البحوث حول البحر المتوسط والشرق الأوسط » بمدينة ليون الفرنسية، رؤية جديدة في التفسير السياسي لعلاقات عميقة الجذور بين المغرب والطرق الصوفية بعدة بلدان أفريقية لا تخضع للنظريات السياسية المتداولة، ولا للسياسات الدبلوماسية المعروفة بين البلدان الحالية، إذ أنها تخرج عن المألوف الغربي باعتماد دبلوماسية دينية موغلة في التاريخ.

بكاري سامبي، الذي يتقن اللغة العربية، هو أيضا خبير مختص في علم السياسة والعلاقات العربية الأفريقية وحركات النضال الإسلامي والشبكات العابرة للدول، كما أنه خبير في المؤسسة الأوروبية للديمقراطية الموجودة في بروكسيل، جمع إلى جانب هذا انخراطه في الزاوية التيجانية ودفاعه عن التصوف خاصة في مدونته على الأنترنت، وهذا ما ساعده على الإلمام بقضايا البحث وإشكالاته وتقديم مزيد من البيان والتفسير.

ونظرا لقيمة الكتاب فقد جرى حفل تقديمه وتوقيعه بالسينغال بتعاون مع « دائرة السينغال-المغرب للصداقة والأخوة »، أمام حضور كبير وعلى رأسه وزير المالية السينغالي السيد عبدولاي ديوب، ووزير الجماعات المحلية السيد أليو ساو. كما حضر الحفل شخصيات عسكرية وممثلو مؤسسات ومفكرون وجمهور غفير من أتباع الطريقة التيجانية.

وأشار الباحث السينغالي، في كلمته، إلى أن هذا الكتاب يبرز العوامل التي تضمن للمغرب، « بلد الاشباع الروحي بالنسبة لملايين الأفارقة، من المرابطين إلى السعديين والمرينيين، والطرق العابرة للصحراء لشبكات الطريقة التيجانية، مكانته الدبلوماسية في أفريقيا » والقائمة على التاريخ وعلى كونه يشكل « نموذجا دينيا » بالأساس.

ومنذ مقدمة الكتاب يوضح بكاري مناهج البحث في العلاقات الدبلوماسية بين الدول العربية والأفريقية التي تهمل دور الإسلام في هذه العلاقات وتفسره تفسيرا اقتصاديا أو سياسيا أو مصلحيا، وتركز على المؤسسات، مهملة دور الأفراد والمجموعات والرموز. مضيفا أن بحثه هذا سيراهن على إعطاء البعد الروحي والديني مكانته الكاملة اعتمادا على أدوار الطرق الصوفية، خاصة الطريقة التيجانية في علاقات المغرب ودول جنوب الصحراء الأفريقية، وخاصة السينغال.

وخلافا لما جرى في الغرب من إبعاد للدين وبروز للفردانية، يرى الباحث أن التدين بقي محافظا على مكانته وشكله الجماعي في البلدان الأفريقية المسلمة، ومؤثرا في الحياة الاجتماعية، فلا يمكن الحديث عن علمنة في العلاقات الاجتماعية ولا عن تجديد في الدين، إذ بقي الشعور الديني بعيدا عن كل مساس.

الرسالة الدينية للمغرب

وأوضح الباحث أن المملكة المغربية آمنت دوما بأن القدر كتب عليها القيام برسالة دينية تجاه أفريقيا عموما، والدول القريبة منها خصوصا، ولذلك أخذت على عاتقها نشر الإسلام ورعايته في تلك المنطقة بطرق مختلفة منها الدعوة عن طريق القوافل التجارية، وعن طريق المدارس العلمية العتيقة، ناهيك عن القتال في سبيل الله إن اقتضى الأمر ذلك بناء على فتاوى العلماء.

وقدم الباحث نموذج المدارس العلمية التي كانت موجودة في بلاد شنقيط، موريتانيا حاليا. في المدرسة المغربية الشنقيطية تلقى العلم عدد من أبناء السينغال والممالك الأفريقية وتخرجوا منها عائدين إلى بلدانهم لنشر الدعوة والعلم والطريقة الصوفية، بفتح مدارس جديدة وزوايا جديدة. وذكر الباحث أن الطريقة التيجانية عرفت أوج تألقها ونشاطها في القرنين التاسع عشر والعشرين، وأن أبرز رمز علمي وصوفي من رموزها كان هو الشيخ محمد الحافظ الشنقيطي وتلاميذه، الذي تتلمذ على يد مؤسس الطريقة التيجانية سيدي أحمد التيجاني بفاس، وأخذ عنه الورد والطريقة ثم عينه خليفته في بلاده. وعند العودة قام هذا الخليفة بتخريج علماء وخلفاء آخرين نشروا الطريقة في بلدان أفريقيا الغربية، مثل الحاج عمر تال والشيخ الحاج مالك سي وآخرين.

وظل ولاء الطريقة التيجانية بالسينغال والدول المجاورة للمغرب يتعاظم حتى قام الملك المغربي محمد السادس بتعيين ممثل للطريقة السينغالية بالمغرب في شخص الشيخ محمد الكبير، كما أن وفود الحجاج والعمار السينغاليين صاروا يمرون أولا بفاس حيث ضريح مؤسس الطريقة التيجانية فيقيمون بها أياما قبل التوجه للمشرق لأداء مناسك الحج والعمرة. هذا فضلا عن أن إجازات التعليم والتربية على الطريقة لا تعطى إلا في فاس التي يعتبرها الأفارقة العاصمة الروحية والعلمية للمغرب.

الحج إلى فاس

« السفر إلى فاس ليس مصدر إشباع وجداني روحي داخلي فحسب، بل هو حظوة ومنزلة رفيعة في سلم الطريقة » على حد تعبير الباحث.

والحج إلى فاس كان له أكبر الأثر على السياسة الدينية للاستعمار الفرنسي بأفريقيا الغربية، فقد اجتهدت لقطع الحبال بين التيجانيين السينغاليين والمغاربة لإنهاك المقاومة في البلدين، لكنها فشلت في الأمر لجهلها بضخامة شبكات العلاقات الاجتماعية والعلمية بين الزاوية الأم وفروعها المنتشرة في الغرب الأفريقي. وقررت السلطات الفرنسية « سنغلة » الوفد المشرف على وفود الحجاج إلى فاس بتعيين أطر دينية سينغالية لضمان ولائها وتطبيع العلاقات معها.

لم تنجح محاولات الاستعمار الفرنسي في قطع العلاقات بين التيجانيين السينغاليين وفاس، واضطرت في النهاية إلى محاولة احتوائها وتنظيمها. ومن شدة التعلق بفاس، سعت بعض المدن السينغالية إلى تمتين العلاقات معها، وبرزت في هذا الشأن مدينة « تيفوان » التي استقر بها بعض رموز الطريقة التيجانية السينغاليين، منهم الحاج مالك سي، وتحولت إلى مركز روحي مهم حافظ على علاقات وثيقة مع فاس والمغرب عن طريق شبكات صوفية متعددة. ثم تطورت العلاقات إلى أن وصلت إلى علاقات شخصية قوية بين رموز الطريقة التيجانية السينغالية والعائلة العلوية الحاكمة بالمغرب، ظهر أسمى مظهر لها في الوفد التيجاني الذي شارك في استقبال الملك الراحل محمد الخامس في مطار دكار وهو عائد من منفى مدغشقر إلى بلاده.

وفي عهد الملك الحسن الثاني بلغت العلاقات ذروتها إذ قام الملك بتدشين المسجد الأعظم بدكار سنة 1963، وهو المسجد الذي اختار الكاتب أن يجعل صورته غلافا للكتاب. وألقى خطيبه التيجاني خطبتين بليغتين أمام « أمير المؤمنين ».

« أمير المؤمنين » حتى بالسينغال

وبعد رحيل الاستعمار ظلت العلاقات الشعبية العفوية هي السائدة. ولتجنب بعض المشاكل والاحتكاكات فكر المغرب في تنظيم العلاقة تنظيما رسميان فأنشأ « رابطة علماء المغرب والسينغال للصداقة والتعاون الإسلامي » في 3 يونيو حزيران 1985، بالرباط تحت الرعاية المباشرة للملك الراحل الحسن الثاني، وممثل للرئيس السينغالي عبدو ضيوف. ويوضح المؤلف أن هذه الرابطة ظلت تحت قبضة المملكة المغربية بسبب التمويل الذي تكفلت به، وبسبب ملئها بالأطر التيجانية المؤيدة للمغرب. وعندما تولى الحكم بالمغرب محمد السادس حرص أشد الحرص على مواصلة العلاقات مع التيجانية السينغالية بتنظيم اللقاءات الثنائية وتوجيه الرسائل إلى ملتقياتها واحتضان شيوخها وزعمائها، كما أن شيوخ ومقدمي الزوايا التيجانية السينغالية ظلوا يعتبرون ملك المغرب شريفا وأميرا للمؤمنين.

وعندما قام الملك محمد السادس بأول جولة أفريقية له، حرص شيوخ الطائفة التيجانية على دعوة الأتباع لتخصيص استقبال يليق بمقام « أمير المؤمنين » كما فعل من قبل مع أبيه الحسن الثاني وجده محمد الخامس عندما زارا السينغال. ويؤكد الباحث أن جميع التيجانيين السينغاليين يعتبرون أن الملوك المغاربة هم رواد وحماة الطريقة حسب استطلاع قام به، مضيفا أن معظم السينغاليين يعتقدون أن مؤسس الطريقة التيجانية والملوك العلويين من أسرة واحدة.

لوبي ضاغط

ويؤكد الباحث أن الطرق والزوايا الصوفية الموالية للمغرب دينيا تشكل لوبيا ضاغطا لفائدة المغرب في القضايا السياسية الكبرى، لا سيما قضية الصحراء. فكلما تغير موقف من المواقف لدى بعض الدول الأفريقية من هذه القضية لفائدة الجزائر أو جبهة البوليزاريو كانت الجماعات الصوفية تضغط على حكوماتها لمراجعة موقفها ومناصرة المغرب.

وأضاف أنه عندما أحست الجزائر بأهمية هذا « السلاح » تحركت هي الأخرى لاستمالة التيجانيين معتمدة على أن سيدي أحمد التيجاني جزائري المولد والنشأة، فسعت لتنظيم ملتقى دولي للتيجانية فوق أراضيها، لكن المغرب رد عليها بتنظيم ملتقى مواز له حضره مئات من ممثلي ومقدمي الزوايا التيجانية بأفريقيا والعالم، لإظهار تفوقه وسبقه.

ويرى الباحث أن ظهور الإسلاميين الجدد بقوة في الجزائر هو الذي دفعها إلى استثمار العامل الصوفي لمكافحته، فضلا عن منافسة المغرب على الصعيد الدبلوماسي الديني. ويقول بكاري إن المغرب متفوق كثيرا على الجزائر في هذا المجال، غير أن عشرات الملايين من التيجانيين في نيجيريا يشكلون رهانا مستقبليا بالنظر إلى موقف لاغوس من قضية الصحراء.

سحابة صيف

في دجنبر 2007، ظهر سوء تفاهم بين المغرب والسينغال، إذ استدعت الرباط سفيرها بدكار على إثر تصريحات « سيئة » لعضو من حزب المعارضة في حكومة عبد اللاي واد، جاك بودان، السكرتير الوطني المكلف بالعلاقات الخارجية للحزب الاشتراكي السينغالي ووزير الخارجية في الحكومة السابقة لعبدو ضيوف. وكان هذا المسئول قد شارك في مؤتمر بتيفاريتي نظمته جبهة البوليزاريو بدعم جزائري. كما أن مسئولا بالحزب نفسه، أوسمان تانور ديينغ، قد أدلى بتصريحات مماثلة في تندوف. وهنا تحركت الآلة التيجانية بقادتها وقواعدها نحو مقر الحزب الاشتراكي السينغالي للاحتجاج وإنهاء التوتر وإعادة العلاقات إلى سابق عهدها.

استمرارية وتوسع

ويتوقع بكاري أن يستمر الدور الروحي والدبلوماسي للتيجانية بين المغرب والدول الأفريقية المجاورة في السنوات المقبلة، ففي السينغال اكتسبت الزاوية دور الوسيط بين البلدين في السراء والضراء، وفي المغرب تعزز دورها بتعيين خلفاء وممثلين للتيجانيين السينغاليين في فاس والرباط ومراكش، فضلا عن الملتقى الدولي السنوي للتيجانيين بفاس القادمين من القارات الخمس.

ويؤكد في ختام كتابه أن « الفعالية السياسية للرموز الدينية حقيقة أدركها أخيرا الناشطون السياسيون، وسوف يستخدمونها لدعم الاستراتيجيات وتحقيق الأهداف الدبلوماسية ». فالدين والسياسة توأمان لا يفترقان في العلاقات المغربية الأفريقية، وبذلك يثبت المغرب حسن استثماره للعلاقات التاريخية مع البلدان الأفريقية وقبائلها وممالكها منذ الفتح الإسلامي إلى ما بعد رحيل الاستعمار الفرنسي.

غير أن الكاتب تجنب الحديث عن الآثار السلبية لهذا الاستثمار الديني على العلاقات الرسمية مع البلدان المعنية، ومزاحمة الرموز والشيوخ والزوايا لوزارات الخارجية ورؤساء الدول، وكيف كانت ردود أفعال تلك الدول إزاء ما يمكن اعتباره « تدخلا » من المغرب في الشؤون الداخلية لتلك البلدان.

ومن القضايا التي لم يستطع الباحث التفصيل فيها مكتفيا ببضع كلمات عنها، انخراط الطرق الصوفية السينغالية الباقية في شبكة العلاقات مع المغرب إسوة بالطريقة التيجانية، ويتعلق الأمر بالطريقة المريدية، وهي من الطرق القوية بالسينغال، والطريقة القادرية ولها وجود واسع وتشجيع رسمي بالمغرب، واعتبر بكاري أن هذه الخطوة هي توسيع في الولاء للعاهل المغربي وأمير المؤمنين ليشمل كافة مسلمي السينغال. وربما احتاج هذا التوسيع إلى دراسة أخرى، خاصة وأن كتابه هذا تطلب منه وقتا طويلا ولقاءات متعددة وأسفار بين المغرب والسينغال وفرنسا.

المؤلف بكاري سامبي

الطبعة الأولى 2010

دار النشر مرسم – الرباط

عدد الصفحات 240

عرض الحسن سرات

Lyon to Host Conference on « Islam & Religious Revival »

Dimanche 9 janvier 2011

source : icro.ir

The Grand Mosque of Lyon, France, organized a conference titled « Islam & Religious Revival » on Thursday, December 16.

According to IQNA the conference was organized by Dr. Bakary Sambe and Pr. Christian Lochon. Bakary Sambe, a Doctor of Political Sciences and an expert of international relations.

He is also post-graduated in the field of the Arabic language. Recently, he has published the book « Islam and Diplomacy ». Christian Lochon, who teaches at Ghazali Institute in France, was among the speakers. He majors in Islamic sciences and trains seminarian students.

The event aimed to analyze how Islam has contributed to the French society on one hand, and examine the current situation of Muslims in France, according to « mosquee-lyon » news website.

« As it has proven to answer complicated questions during recent years, Islam is evolving naturally all over the country, » it says.

Dr. Bakary SAMBE invité de l’Emission Washington Forum – « les violences interconfessionnelles en Egypte et au Nigeria »

Dimanche 9 janvier 2011

Bacary Sambe au Washington Forum - vox

Maghrébins et Subsahariens : Tous Africains ? Interrogations au-delà des tabous

Lundi 15 novembre 2010

Maghrébins et Subsahariens : Tous Africains ? Interrogations au-delà des tabous

Interview accordée au New African Magazine (Nov- Décembre 2010) par Dr. Bakary SAMBE
Propos recueillis par Aïssatou Diamanka-Besland

Comment expliquez-vous de nos jours les distensions entre les Maghrébins et les Africains subsahariens, y a-t-il une genèse à cela ?

D’abord, je voudrais dire qu’il n’y a pas à s’alarmer d’un affrontement entre Maghrébins et Subsahariens en Afrique mais certaines attitudes sont à souligner et à lier pour comprendre un phénomène beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Je pense que tout part de la vision intersubjective entre Noirs africains et Arabes en général. Il y a, entre autres, l’esclavage, les razzias des armées arabes et/ou berbères au Sud du Sahara. D’une part, chez les Africains du Maghreb, une africanité non assumée et de l’autre chez certains africains le sentiment d’un défaut de considération et de respect de leurs éventuels apports malgré le partage d’une même religion, l’islam, qui jusqu’ici aide à maintenir un sentiment de « fraternité » ou en tout cas de partages des choses fondamentales qui unissent. Néanmoins, au-delà de cette apparente et relative symbiose occasionnée par le partage d’une même religion, les rapports entre Arabes et Africains sont caractérisés par la persistance de préjugés. Les Arabes africains se trouvent eux-mêmes quelques fois habités par une déchirure culturelle lorsqu’il s’agit d’assumer leur africanité et oscillent entre leur appartenance à la « oumma islamique » et leur identité propre. Mais un retour sur le passé commun aux deux rives du Sahara peut constituer une ébauche du nécessaire dialogue interculturel entre Arabes et Noirs africains. Ce qui interroge, surtout, c’est le choc des nationalismes entre négritude d’une part et arabité de l’autre ; choc encore bien présent dans les milieux intellectuels.

Dans la plus part des pays magrébins, il y a une forte communauté noire, mais elle n’a pas une grande visibilité, est-ce une forme de xénophobie ?

Je crois que les choses sont plus compliquées que cela, et il ne faudrait pas tirer des conclusions hâtives. Récemment lors d’un colloque organisé par l’Unesco à Rabat, dans le cadre du projet « La route de l’esclave », je présentais une communication sur l’incidence du rapport servile dans le regard intersubjectif entre Noirs et Arabes en rappelant que derrière des comportements qui frisent le racisme aujourd’hui il y avait tout le poids d’un héritage historique. En Algérie les Noirs sont dits « kahloush », de « Kahl » qui viendrait en arabe de l’appellation du « Cohl » désignant la noirceur. Au Maroc, les enfants crient après des personnes noires en l’appelant « ‘azzî » qui serait la déformation de « Azîzî » (mon cher Maître) que ne pouvaient pas prononcer correctement les esclaves noirs pour répondre à leurs maîtres lorsqu’ils les appelaient ! En Tunisie, on parle des Noirs sous le vocable de « Wçif » avec une connotation de servitude, en tout cas d’un statut d’infériorité. En Mauritanie, les populations noires sont dites « harthani », rappelant cet esclave noir servant dans l’agriculture !
Vous voulez dire que l’explication est donc historique et non forcément culturelle ?

Je ne peux l’affirmer de manière si tranchée mais il est sûr qu’avec un aussi lourd passé, il est extrêmement difficile de ne pas tomber dans des considérations teintées d’un certain racisme ou en tout cas d’un sentiment de supériorité faussant complètement les rapports. Au Sénégal, dans la langue wolof les Arabes sont dits « naar » qui signifie le « feu » en arabe, rappelant des périodes sombres où les voisins mauritaniens venaient sur l’autre rive du fleuve pour capturer des femmes et enfants après avoir mis le feu au village !

C’est donc une culture d’esclavagisme qui se perpétue ?

Pas forcément, ce serait trop simpliste de toujours voir les choses sous cet angle. Pour ce qui est de la xénophobie, je crois qu’il faudrait aussi prendre en compte la dimension migratoire : les pays du Maghreb sont devenus des passages pour les immigrés bannis (je n’aime pas le mot clandestins car l’émigration est un droit et qu’à chaque fois qu’un peuple a eu soif de liberté ou a aspiré a de meilleures conditions de vie, il a cherché à aller ailleurs !). Les pays Maghrébins sont devenus des agents de contrôles de l’immigration subsaharienne avec l’incitation des pays européens qui subventionnent une telle lutte ! N’oublions pas non plus que l’émigré, l’étranger de passage, surtout de couleur différente a toujours été pris pour cible et la xénophobie, malheureusement, est l’une des choses les mieux partagées dans toutes les sociétés en proie à la crise comme c’est le cas actuellement en Europe et en France notamment.

Les frontières entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne existent-elles vraiment ?

Si vous me posez cette question, je vais être contraint de revenir à des développements historiques. Vous savez, le Sahara n’a jamais été une barrière infranchissable mais « une mer intérieure » qui a toujours invité à passer d’un rivage à l’autre. Nos amis anglo-saxons parlent de « geographic likage area » pour le cas du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. L’établissement de liens et la circulation des savoirs ont accompagné le développement du commerce et ont suivi les routes et les caravanes des pèlerinages à travers ce vaste espace transsaharien. Au regard des nombreuses ressources historiques attestant de leur ancienneté, les échanges entre les deux rives du Sahara ne devraient, aucunement, trouver de difficultés à s’expliquer ou se justifier. Ils n’avaient plus qu’à se dérouler sur les sentiers balisés par des siècles d’histoire commune. Les récits se rapportant aux interactions entre les deux rives du Sahara ne manquent pas.

Vous voulez dire que cette histoire est ignorée ? N’est-elle pas plutôt occultée ?

Disons qu’elle n’est pas assez connue, comme cela méritait de l’être ! Il est curieux qu’une certaine version de l’histoire dissimule des faits importants ! Les déplacements d’hommes et de marchandises à travers le grand désert se situent bien avant l’arrivée des explorateurs européens au XVIème siècle. Ces derniers ne pénètreront véritablement à l’intérieur des régions ouest-africaines qu’au XIX ème siècle. Rappelons, de manière peut-être ironique que le plus vieil émissaire européen en Afrique noire, René Caillé, n’atteindra Tombouctou qu’en 1827, huit siècles après Al Bakrî alors que ce dernier notait, déjà à son époque, la conversion de plusieurs chefs politiques à la « nouvelle religion » qu’était l’Islam. Mais, il est vrai que le XI ème siècle est le vrai début de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest qui s’étalera sur une longue période, connaîtra plusieurs étapes et revêtira diverses formes.

Donc, les premiers rapports entre le Nord et le Sud du Sahara se sont établis à travers les routes commerciales. Justement comment ce processus d’islamisation s’est-il dessiné ? un mouvement uniforme ou en plusieurs étapes ?

Il y a d’abord la période où les premiers contacts ont fait que l’islam a commencé à gagner des fidèles dans l’aristocratie et les riches commerçants. Ainsi, il restera, longtemps, une religion d’élites lettrées et de souverains africains. Déjà en 1085, le Roi du Kanem se convertit à l’islam et entretint les meilleurs rapports avec les chefs politiques de Berbérie et de l’Egypte. Mais, le commerce transsaharien qui enregistrait le gros de ses échanges entre Berbères et Soudanais (du pays des Noirs), au début, prendra d’autres dimensions dès la première moitié du XI ème siècle.

Qu’est-ce qui faisait alors, historiquement, cet attrait pour l’Afrique subsaharienne chez les Maghrébins ?

Il faut savoir que l’Afrique subsaharienne fut, très tôt, un grand fournisseur d’or à l’Afrique du Nord. Le trafic du précieux métal dura plusieurs siècles et lia les confins du bilâd Sûdân au Maghreb et à l’Egypte par les routes transsahariennes. Ce commerce concernait, aussi, d’autres denrées comme le sel qui, malgré le succès de l’or, connut une grande importance. Savez-vous que le sel était devenu, à une certaine époque, une « denrée de luxe qui s’échangeait contre son poids en or » . C’était un produit devenu stratégique dans ce commerce.

Mais était-ce toujours pour de simples raisons économiques ou n’y avait-il pas une volonté de conversion, de prosélytisme ?
A cet enjeu purement économique s’est très rapidement greffé, un autre – cette fois-ci religieux – : la lutte opposant une frange de l’islam sunnite, le Malikisme (al-mâlikiyya), l’ibâdisme (al-‘ibâdhiyya). A cette lutte politique aux mobiles économiques on s’efforcera, toujours, de trouver un fondement religieux. Ce fut le début des razzias et des guerres mises sur le compte du Jihâd pour ceux qui attaquaient et sur celui de la fitna pour ceux qui les subissaient. C’est, là, une donnée fondamentale pour la compréhension des rapports ultérieurs entre le Maghreb et le Sud du Sahara qui n’ont jamais été isolés. Mais vous savez quelques fois l’histoire n’enseigne que le bon usage du doute ! Beaucoup de questions restent non encore élucidées !

Revenons, alors, au présent Si l’on prend l’exemple de l’Algérie, il a fallu plus d’une cinquantaine d’années pour qu’enfin un joueur métis intègre l’équipe nationale, comme percevez-vous ce fait social ?

Même s’il ne s’agit pas toujours d’un racisme dans son sens moderne, l’image du Noir a beaucoup souffert de ce poids historique. Ce fait est vu par certains intellectuels maghrébins, non pas comme une organisation ségrégative des places dans la société en fonction de la couleur de la peau ou de l’appartenance linguistico-culturelle, mais une simple difficulté à assumer le carrefour où se croisent arabo-berbères et négro-africains.
Ce sens de la mesure n’est pas du tout partagé au Moyen-Orient et dans la presqu’île arabique où l’esprit esclavagiste domine dès qu’il s’agit des rapports avec des personnes de couleur noire. Notons que dans l’arabe même moderne, l’usage du terme « ‘abd » (esclave) dans les parlers du Proche-Orient est encore courant.

Donc cette image d’infériorité lui colle à la peau si on ose dire…

C’est une image ambivalente et qui va de la considération au mépris ou de la méconnaissance à la fascination dans certains cas. Dans le Munjid, l’un des dictionnaires arabes contemporains les plus utilisés présentement, on peut encore retrouver « fustuq al-‘abîd » (pistache d’esclaves) pour désigner les arachides cultivées en Afrique subsaharienne. En Algérie ou en Tunisie on peut encore s’arrêter sur des expressions pleines de non-dits. L’expression indignée « Tu me prends pour ton wocif ou quoi ?!», utilisée fréquemment renvoie à cette position inférieure du « serviteur noir ». Et les exemples manifestant un imaginaire trouble du noir dans les sociétés maghrébines sont nombreux. Citons celle utilisée lors d’une crise épileptique qui atteint un membre de la famille : «Jaat’hou l’gnawa taâ l’wusfân ! » (Les esprits des Noirs viennent encore le posséder !) C’est une expression qui allie au dédoublement de la figure du noir, une certaine confusion entre les Gnâwa (confrérie de Noirs du Maroc) et les esprits qui possèdent (wusfân, pluriel de wasîf). De même, ce dédoublement de la figure du noir touche son rôle de « possédant » et de «guérisseur ». Une chanson populaire marocaine invoque le « k-hal » pour délivrer les possédés du mal : « Jiboub li al-khal ysawwab li al-‘aql » (Appelez-moi le Noir pour qu’il me rende l’esprit).


Pour les subsahariens, le Maghreb serait-il en dehors du continent africain ?

C’est un sujet qui revient très souvent dans les débats sur une certaine africanité du Maghreb. Il ne faut quand même pas oublier que le nom du continent vient de celui qui désignait la région la plus septentrionale de la Tunisie l’Ifriqiyya (l’Africa romaine). Le terme « rencontre » est le plus utilisé dans les travaux sur les relations entre le Maghreb et la région subsaharienne. Ces interactions culturelles sont, en grande partie, le résultat de longs siècles d’échanges sur le plan commercial. Mais le tissage de tels rapports est facilité par l’existence de cette zone commune dite de « geographic linkage area » occupée par des pays qui ont la particularité d’être, en même temps, des Etats arabes et africains. C’est pourquoi, à mon sens, sens que l’usage de l’expression « relations arabo-africaines » mérite quelques éclaircissements d’ordre géographique.
Mais, on continue quand même de voir des spécialistes comme vous utiliser des termes comme « relations arabo-africaines », les mots sont quand même importants….
Il est sûr qu’une telle expression peut sembler confuse lorsqu’elle laisse entendre une scission entre deux zones ou une différenciation entre deux « entités » géographiquement et historiquement distinctes. C’est pourquoi, l’expression « arabo-africain » me semble tellement imprécise et artificielle si l’on sait que 60 % des populations désignées comme Arabes vivent sur le continent africain et que les 2/3 des territoires considérés comme faisant partie du monde arabe se trouvent en Afrique.
Les Maghrébins sont-ils alors pour vous, des Arabes ou des Africains à part entière ?
Un Africain sur quatre est arabe et certains estiment que, par nombre de locuteurs, l’arabe est la première langue parlée en Afrique.. Dans cette expression plus que confuse mais très souvent admise pour un usage général, il faut, donc, entendre par « Arabes » ces populations maghrébines en plus de l’Egypte dans différents Etats d’Afrique du Nord, dans la terminologie des différents spécialistes de la question. Ey je ne veux pas entrer dans le débat sur la classification des ethnies du Maghreb consistant à désigner qui serait vraiment arabe ou berbère. Il serait intéressant de noter qu’en Afrique subsaharienne, notamment au Sénégal, ce débat n’a jamais été posé. En wolof, on appelle « naar », « arabe », toutes les populations à partir de la rive droite du fleuve. Cette région a été, très tôt, en contact avec les populations venues du Nord, depuis ses premières organisations politiques. Les Mauritaniens sont appelés « naaru gannaar », arabes de Mauritanie et les Marocains sont les « naaru Faas », ces arabes de « Fès » toujours objets de fascination mais aussi de respect, au Sud du Sahara ou encore « naaru Beyrouth » pour désigner les Syro-libanais. Cette perception positive du Maroc, par exemple, est certainement due à la fonction spirituelle remplie par la capitale religieuse du royaume chérifien surtout auprès des adeptes de la Tijâniyya représentant 55 % des Musulmans sénégalais.

Mais avec tout cet héritage que vous évoquez comment expliquer le rapport des Maghrébins à l’Afrique ?

Il est vrai que le mot « Afrique » ne cesse d’interroger le maghrébin. Notre ami A. Chaouite exprime bien cette situation confuse entre l’appartenance géographique au continent «noir» et le fait de se reconnaître dans sa culture et son identité. Il se définissait une mentalité de maghrébin-deuxième-moitié-de-ce-siècle pour qui le mot Afrique est un mot géographiquement familier et mythologiquement et historiquement plutôt étranger. Cette déchirure culturelle est partagée par plusieurs peuples dits de carrefour, c’est-à-dire à la lisière entre l’Afrique noire et l’Afrique blanche, comme Yves Lacoste aimait délimiter ce continent. On partage, géographiquement, l’appartenance à un continent dit noir mais on est habité par cette volonté de se différencier pour pouvoir partager, aussi, la fierté d’appartenance à la culture arabe ou arabo-islamique. Cette tension est omniprésente. Ainsi, le monde noir, si proche de l’environnement saharien, renvoie pour bon nombre de populations à sa lisière, à un monde imaginaire, invisible et caché jusqu’à la rencontre que rendent possible des contingences culturelles.

Vous reconnaissez alors qu’il a une véritable de déchirure culturelle ?

Oui certainement mais une déchirure culturelle qu’il faudrait cependant nuancer à partir de faits rarement étudiés et qui méritent de l’être dans un choix de dialogue interculturel. Rapports historiques concrets et influences mutuelles ont toujours caractérisé le Maghreb méditerranéen et l’Afrique subsaharienne posés comme deux entités anthropologiquement discernables. Pour certains analystes, le Maghreb, quelles que soient ses spécificités anthropologiques, ferait pourtant partie intégrante de la pluralité africaine.

Mais à quoi est donc due cette hésitation ou ce positionnement hésitant ?

Un autre fait devrait nous interpeller : le rôle de carrefour qu’a joué le Maghreb. Toujours hésitant à se dévoiler à lui-même, le Maghreb ne peut qu’osciller entre son amazighité qui l’oriente vers le Nord, l’est et le Sud. Ce ne sont donc pas les passerelles culturelles ou les références historiques qui font défaut mais une réelle volonté d’assumer ce passé commun. Mais, par exemple, le Maroc l’a bien compris : coincé au Nord par l’Espagne et à l’Est par le voisin algérien, il a toujours cherché une profondeur africaine au Sud du Sahara.

Que préconisez-vous alors pour vaincre ces réticences, dépasser ces clivages et avancer ensemble ?

J’avais dit au Colloque de Rabat que seule, une sorte de « thérapie collective » par une revivification du passé positif pourrait palier ce manque de reconnaissance, source des préjugés persistants. Car le regard intersubjectif du Maghreb nordiste est voilé de l’impensé d’une africanité étrange et familière. Plus que du racisme, la difficulté du rapport entre Noirs africains et Arabes est imputable à la difficulté d’assumer le carrefour dans ses réalités, et une pluralité sur le même plan d’immanence. Comme l’autre qui que « le Sahara n’a jamais été une barrière infranchissable mais une mer intérieure qui invite à passer d’un rivage à l’autre » ? Il serait intéressant de se pencher plus souvent sur le passé commun tant négligé dans la tradition universitaire occidentale afin de rendre compte des points de convergence préalable à tout dialogue interculturel.

Justement vous évoquez à chaque fois un passé commun, mais qu’est-ce qui rapprochent ces deux peuples de part et d’autre du Sahara ?

Je crois qu’il y a avant tout l’impact de la langue arabe et la religion qui l’a inscrit dans les pratiques des sociétés subsahariennes. Le commerce
Transsaharien dont j’ai tant parlé qui s’est développé dès le Moyen-âge se servait de l’arabe et de son alphabet pour faciliter les échanges entre commerçants africains et arabes. D’ailleurs, l’impact de l’arabe sur les langues africaines est plus sensible dans le champ lexical du commerce (poids, mesures, temps etc.), ou encore de la perception, forcément religieuse, du monde et de l’univers – l’arabe étant la principale sinon la seule langue liturgique des musulmans. Cette sacralité nourrit l’importante production littéraire en arabe et en « ’ajami » (textes en langues locales transcrites avec l’alphabet arabe enrichi de signes diacritiques pour les sonorités étrangères à l’arabe). Par exemple, chez les Sénégalais, l’arabe jouit en effet, comme langue et mode de civilisation, garde un caractère sacralisé. Une conception déterminante dans le débat, ou querelle idéologique, sur le rapport de l’Africain à l’islam et sa place dans cette communauté transnationale.

Selon vous le dialogue Sud-Sud est-il vraiment possible et dans quelle mesure ?

Ce dialogue a tout un terrain devant lui balisé. Il ne lui reste qu’à s’y dérouler en mettant au profit un héritage millénaire en commun, une proximité géographique mais surtout des défis similaires à relever : l’affranchissement de la domination politique et économique du Nord, une affirmation plus importante sur la scène internationale et la proposition d’alternative surtout à un moment où les modèles économiques importés de l’Occident ont conduit aux crises que l’on sait. C’est le moment où jamais pour les Africains de profiter de cette situation de la fin des pré-carrés, pour multiplier et diversifier les partenaires notamment en Asie où d’autres modèles émergent et en Amérique du Nord et du Sud. En tout cas les Asiatiques ont donné le ton : il est tout à fait possible de connaître le développement et l’essor économique en s’enracinant dans sa culture et son système de valeur loin de toute acculturation au nom d’une ouverture à sens unique. Au regard des interrogations qui habitent les systèmes occidentaux et le désarroi devant les innombrables crises, e modèle peut bien venir de nous-mêmes !

A propos de Dr. Bakary SAMBE
Arrivé du Sénégal en 1993 pour ses études à l’Université Lumière-Lyon 2 et à Sciences Po Lyon, Bakary Sambe est spécialiste des relations internationales. Titulaire d’un Master en langues et civilisations étrangères, Il obtient ensuite, un doctorat en sciences politiques. Depuis 2003, il est chercheur associé au Groupe de Recherches sur la Méditerranée et le Moyen-Orient GREMMO à la Maison de l’Orient de Lyon. Politologue, spécialiste des rapports arabo-africains, du militantisme islamique et des réseaux transnationaux, il vient de publier Islam et diplomatie : la politique africaine du Maroc (juillet 2010). Après avoir enseigné à l’Ecole internationale de Commerce et Développement (3A Amérique-Afrique- Asie), à l’Aga Khan University- Institute for the Study of Muslim Civilisations, de Londres, il rejoint, comme chercheur et expert, la European Foundation for Democracy (EFD) à Bruxelles. Il se dit vouloir être un « pont intellectuel » entre l’Europe, le monde arabe et son Afrique natale, il est également membre du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences sociales en Afrique (CODESRIA) depuis 2008 et membre fondateur de la Fondation Europe – Méditerranée pour la coopération en sciences culturelles et pour l’échange culturel dans l’espace euro-méditerranéen. Très impliqué sur la question de la diversité en France, il fut invité, récemment aux Etats-Unis, par le Département d’Etat Américain dans le cadre du International Visitors leadership Program.

Présentation à Casablanca de l’ouvrage « Islam et diplomatie: la politique africaine du Maroc » de son auteur Bacary Sambe

Lundi 1 novembre 2010

26/10/2010 08:07.
(MAP) Maghreb Arabe Presse

Paru en langue française aux éditions « Marsam », cet essai de 238 pages met en lumière les liens séculaires entre le Maroc et le Sénégal en particulier et les pays de l’Afrique de l’Ouest en général. Des liens séculaires où la dimension religieuse revêt une importance particulière, compte tenu du rayonnement spirituel du Royaume au niveau du continent africain qu’illustre parfaitement la « Tariqa Tijaniya », qui compte des millions d’adeptes dans les pays d’Afrique de l’Ouest, a tenu à expliquer M. Sambe dans une déclaration à la MAP.

Pour M. Abdelwahab Maalmi, professeur des relations internationales à la faculté de Droit de Casablanca, l’ouvrage retrace l’histoire du Maroc, « carrefour entre l’arabité, la berbérité et l’africanité » qui reste « ce pays, cet arbre, avec la posture singulière de pouvoir autant tendre ses branches vers la Méditerranée que de persévérer dans la préservation de ses racines africaines ».

Cette oeuvre tente également d’analyser les facteurs qui garantissent au Maroc, « pays de ressourcement spirituel pour des millions d’Africains, son prestige diplomatique en Afrique », fondé sur l’histoire, l’imaginaire et surtout son statut de « modèle religieux », a dit M. Maalmi, précisant que cet essai part du passé historique pour déboucher sur les stratégies africaines du Maroc contemporain « qui a toujours pu s’appuyer sur un héritage largement nourri de références religieuses et spirituelles ».

Ont assisté à la cérémonie de présentation de cette Âœuvre une palette d’intellectuels ainsi que des politologues, des chercheurs et des hommes de lettres.

Bakary Sambe est docteur en Sciences politiques spécialisé en Relations internationales (IEP de Lyon) et titulaire d’un Master en langues et civilisations étrangères. Il est chercheur au sein du Groupe de recherches sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO) connu pour ses études des rapports arabo-africains.

Le journaliste et politologue sénégalais, Yoro Dia, analyse l’ouvrage de Bakary Sambe « Islam et diplomatie : la politique africaine du Maroc »

Vendredi 17 septembre 2010

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Source : www.senegal-business.com

Le livre de Bakary Sambe « Islam et diplomatie : la politique africaine du Maroc », est fort intéressant. On y apprend par exemple que « 60% des populations désignées comme arabes vivent en Afrique et que les 2/3 des territoires considérés comme faisant partie du monde arabe se trouvent en Afrique ».

L’aspect le plus important du livre est la place de la Tijaniya dans les relations entre le Sénégal et le Maroc. La Tijaniya est un élément central dans la politique africaine du Maroc qui s’appuie sur cette confrérie pour légitimer le roi du Maroc comme le « commandeur des croyants » alors qu’il n’est pas avéré que le roi soit « membre de la confrérie ».

A la lecture du Livre on se rend compte que le Maroc a bien défini la « géographie de ses intérêts » en Afrique noire par une politique africaine très cohérente mais l’inverse est moins sûre. La politique africaine du Maroc va de l’introduction de la Tijaniya en Afrique noire à l’hégémonie de Attijari. Si on regarde une carte, il est évident que cette volonté de puissance du Maroc ne pouvait s’exprimer qu’en Afrique noire.

Les ambitions marocaines en Méditerranée sont bridées par l’Espagne au nord, à l’Est il y a le concurrent et rival algérien qui essaie au Sud de réduire la Maroc en enclave en lui fermant la route de l’Afrique grâce au front Polisario. Donc pour le Maroc, l’Afrique subsaharienne relève de l’espace vital et la Tijaniya est au centre de la conquête de cet espace vital.

Serigne Touba et El Hadj Malick Sy ont enseigné une tolérance « respectueuse des itinéraires » (selon Dr. Bakary SAMBE)

Lundi 13 septembre 2010

Source : Agence de Presse Sénégalais

Serigne Touba et El Hadj Malick Sy ont enseigné une tolérance 13/09/2010 11:59 GMT

Dakar, 13 sept (APS) –

Cheikh Ahmadou Bamba et El Hadj Malick Sy ont tous les deux enseigné « une forme de tolérance respectueuse des vues et des itinéraires » que tout aspirant spirituel doit emprunter « pour arriver à la fin commune : la Vérité », a soutenu le chercheur sénégalais Bakary Sambe.

Selon M. Sambe, spécialiste du monde musulman à la European Foundation for Democracy (EFD) de Bruxelles, ces « deux grands maîtres » ont « enseigné une forme de tolérance respectueuse des vues et des itinéraires qu’il appartiendra à chaque Murîd (aspirant spirituel) d’emprunter pour arriver à la fin commune : la Vérité ».

« Voilà qu’un important jalon est posé par le message du Khalife Général des Mourides et il appartient, dorénavant, à la jeune génération et aux adeptes des différentes confréries du pays, de donner corps à cet esprit de concorde ou du moins lui insuffler une nouvelle âme », écrit-t-il dans une contribution dont copie a été transmise à l’APS.

Le nouveau khalife général des mourides Serigne Cheikh Maty Lèye a demandé aux disciples mourides de ne plus s’attaquer aux Tidianes, à l’occasion d’un discours prononcé à la Korité qui marque la fin du Ramadan.

« De grâce, ne cherchez pas à diviser la descendance de nos deux grands-pères Serigne Touba et El Hadji Malick Sy qui sont parents, unis par des liens de sang. Je ne veux plus entendre un Mouride tenir des propos désobligeants envers les Tidianes », a déclaré le guide des Mourides.

« Il revient incontestablement à Serigne Cheikh Sidy Makhtar Mbacké le mérite d’avoir remis à l’ordre du jour une telle réalité et d’appeler, comme avait coutume de le faire El Hadji Abdou Azîz Sy Dabakh, à une véritable union des cœurs et à la fraternité entre tous les membres de la communauté musulmane », analyse Bakary Sambe, docteur en sciences politiques.

« Mais au-delà même de la sphère religieuse, au moment où la société sénégalaise, dans son ensemble, est traversée par d’innombrables interrogations, un tel message n’est-il pas aussi à verser sur l’énorme capital symbolique dont dispose notre pays et que nous nous devons de réinvestir pour, ainsi, redonner du sens à notre contrat social ? », s’interrige le chercheur.

Bakary Sambe, également chercheur associé au Groupes de recherches sur la Méditerranée et le Moyen Orient (Lyon), a récemment présenté à Dakar son dernier ouvrage intitulé « Islam et diplomatie : la politique africaine du Maroc ».

 

BK/CTN

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